le bangladesh franchit une étape historique avec la mise en service prochaine de sa première centrale nucléaire et la production de ses premiers kilowatts d’électricité.

Le Bangladesh se prépare à produire ses premiers kilowatts d’électricité nucléaire

Rooppur, première centrale nucléaire du Bangladesh : le calendrier des premiers kilowatts

À Rooppur, sur les rives du Padma et à environ 150 kilomètres à l’ouest de Dacca, le Bangladesh approche d’un tournant énergétique attendu depuis des décennies. Le site, construit avec l’appui de l’entreprise russe Rosatom, doit accueillir deux réacteurs dont la puissance cumulée atteindra 2,4 gigawatts. Pour un pays de 178 millions d’habitants, cette capacité représente plus de 10 % de la demande électrique actuelle : une promesse considérable, même si les premiers kilowatts ne signifient pas que les coupures disparaîtront du jour au lendemain.

Selon le calendrier annoncé en septembre 2026 par Md Zahedul Hasan, responsable de la centrale, la première tranche devrait être livrée au réseau avant la fin de l’année. La seconde est attendue dans l’année qui suit. Ces échéances marquent une étape après plus de dix ans de travaux, mais la mise en service d’un réacteur est un processus progressif : les contrôles, les essais et la montée en puissance doivent précéder une production régulière. Une centrale ne passe pas de chantier à fournisseur d’électricité fiable en appuyant sur un interrupteur, même si l’image est tentante.

Le chargement du combustible a constitué un jalon déterminant dans le démarrage de l’installation. Les étapes de préparation et les opérations annoncées autour de cette phase sont détaillées dans un compte rendu sur le chargement du combustible à Rooppur. Ce passage ne correspond pas à une livraison immédiate au public : il ouvre une séquence technique durant laquelle les équipements doivent être vérifiés et les systèmes testés dans des conditions strictement encadrées.

Une capacité susceptible de changer l’équilibre du réseau

La taille du projet compte, mais sa contribution dépendra aussi de la stabilité du réseau bangladais et de sa capacité à acheminer l’électricité depuis Rooppur jusqu’aux villes, aux usines et aux campagnes. Les grands consommateurs industriels, notamment dans le textile, ont besoin d’une alimentation prévisible pour faire fonctionner leurs machines et respecter leurs délais. Pour une exploitation agricole, l’enjeu est tout aussi concret : une pompe d’irrigation immobilisée au mauvais moment peut compromettre une récolte.

Le chiffre de 2,4 gigawatts désigne la puissance installée des deux unités réunies, et non une quantité d’électricité produite sans interruption en toute circonstance. La disponibilité des réacteurs, les besoins de maintenance et les conditions d’exploitation pèseront sur la production réelle. La première tranche, même seule, pourra toutefois fournir une contribution importante au système national si son raccordement et les lignes de transport suivent le rythme du chantier.

Pour suivre les étapes historiques de cette infrastructure, la page consacrée à la centrale nucléaire de Rooppur retrace les grandes lignes de son développement. Le défi immédiat se lit dans une formule simple : faire parvenir au réseau une électricité stable, puis démontrer qu’elle peut le rester dans la durée.

Électricité nucléaire et sécurité énergétique : réduire la dépendance aux combustibles importés

Le choix du nucléaire répond à une vulnérabilité très concrète. Le Bangladesh importe environ 95 % de ses besoins en pétrole et en gaz, une dépendance qui expose son économie aux hausses de prix et aux perturbations des approvisionnements internationaux. Quand les cargaisons coûtent davantage ou arrivent moins facilement, la facture se répercute sur les centrales thermiques, les entreprises et les ménages. Rooppur doit diversifier cette équation en ajoutant une source de production électrique qui ne repose pas sur des livraisons quotidiennes de combustibles fossiles.

Les tensions au Moyen-Orient ont renforcé cette préoccupation. Depuis février 2026, selon les informations fournies sur la situation bangladaise, les autorités ont été contraintes de rationner certains carburants, le gaz et l’électricité, tout en faisant face à une hausse des coûts. Les effets se ressentent au-delà des tableaux budgétaires : une entreprise qui réduit ses horaires perd en capacité de production, tandis qu’un foyer doit composer avec une alimentation électrique moins régulière. Une centrale nucléaire ne supprimera pas ces difficultés à elle seule, mais elle peut limiter l’exposition du pays à certaines fluctuations du marché des hydrocarbures.

Une énergie bas carbone dans un bouquet électrique encore fragile

L’énergie atomique offre un autre avantage : en fonctionnement, elle produit de l’électricité avec de faibles émissions directes de gaz à effet de serre. À ce titre, Rooppur peut contribuer à une énergie bas carbone et accompagner la croissance des besoins sans s’appuyer uniquement sur de nouvelles centrales alimentées au pétrole ou au gaz. Cette contribution doit toutefois être replacée dans une politique énergétique plus large, où les réseaux, les économies d’énergie et les sources renouvelables ont également leur place.

La sécurité énergétique ne se mesure donc pas uniquement à la puissance affichée sur la plaque d’un réacteur. Elle dépend de la diversité des moyens de production, de la fiabilité des infrastructures et de la capacité à répondre aux pointes de consommation. Une centrale de grande taille peut fournir un socle régulier, mais le réseau doit pouvoir gérer les périodes de maintenance et les variations de la demande. Ce travail d’équilibrage est moins spectaculaire que l’inauguration d’un bâtiment, mais il détermine la qualité du service reçu par les abonnés.

Les raisons économiques du pari nucléaire et ses enjeux pour la transition énergétique sont examinés dans cette analyse de la première centrale bangladaise. Pour les responsables publics, l’objectif consiste à amortir l’investissement tout en rendant l’approvisionnement plus résistant aux secousses extérieures. La réussite de Rooppur se mesurera autant aux kilowattheures livrés qu’à la réduction des interruptions qui pèsent sur les activités ordinaires.

  • ⚡ Diversifier la production électrique pour moins dépendre du pétrole et du gaz importés.
  • 🌍 Réduire les émissions directes liées à la production d’électricité par rapport aux centrales fossiles.
  • 🏭 Soutenir les usages productifs, des usines textiles aux pompes d’irrigation, grâce à une alimentation plus régulière.
  • 🔌 Renforcer le réseau afin que la nouvelle puissance puisse effectivement atteindre les consommateurs.

Ces objectifs avancent ensemble, mais aucun n’est automatique : la centrale apporte une nouvelle ressource, tandis que le réseau et sa gestion déterminent la part qui deviendra réellement utile au quotidien.

Un chantier de 13 milliards de dollars et une histoire longtemps retardée

Rooppur n’est pas né d’une décision récente. Le site avait été retenu pour un projet nucléaire dès les années 1960, alors que le territoire bangladais appartenait encore au Pakistan oriental. Après l’indépendance du Bangladesh en 1971, Dacca a exploré différentes possibilités de coopération avec plusieurs pays, parmi lesquels l’Arabie saoudite, la France, la Chine et la Corée du Sud. Ces démarches n’avaient pas débouché sur la construction d’une centrale, et le projet est resté longtemps à l’état d’ambition.

Le partenariat avec la Russie a donné une nouvelle impulsion au programme. Un accord conclu en 2015 a ouvert la voie aux travaux, lancés en 2017 avec la participation de Rosatom. Le coût est estimé à près de 13 milliards de dollars, dont 90 % couverts par un prêt russe selon les données disponibles. Une telle structure financière permet de lancer un chantier que le budget national aurait difficilement pu porter seul, mais elle inscrit aussi le projet dans une relation de long terme avec son partenaire et ses fournisseurs.

Des retards liés aux crises et aux turbulences politiques

Le calendrier a été bousculé par plusieurs événements successifs. La pandémie de Covid-19 a compliqué les déplacements, les livraisons et l’organisation des équipes internationales. L’invasion russe de l’Ukraine a ensuite créé un contexte géopolitique et logistique plus complexe autour d’un projet fortement lié à des entreprises russes. Ces facteurs ont pesé sur la progression du chantier et sur les étapes de mise en service.

Les controverses politiques ont également accompagné l’histoire du programme. Des accusations de pots-de-vin ont visé l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina et plusieurs membres de sa famille, accusations qui doivent être présentées comme telles et non comme des faits judiciairement établis. Hasina a été renversée en 2024, ajoutant une période d’incertitude politique à un projet déjà long. Les retards de Rooppur résultent donc d’un ensemble de difficultés, plutôt que d’une cause unique.

Les éléments de contexte politique et les étapes du chantier sont aussi évoqués dans un récit consacré au Bangladesh et à Sheikh Hasina. Pour les habitants, ces épisodes de négociation, de financement et de changement politique se traduisent par une question beaucoup plus directe : quand l’électricité promise sera-t-elle disponible dans les prises et les ateliers ?

Repère Élément du projet Portée pour le Bangladesh
📍 Rooppur Site choisi pour accueillir la centrale Implantation près d’Ishwardi, sur les rives du Padma
🤝 2015 Accord avec la Russie Cadre de coopération pour la construction
🏗️ 2017 Début des travaux Lancement du chantier à grande échelle
💰 Environ 13 milliards de dollars Coût estimé Projet financé en grande partie par un prêt russe
⚡ 2,4 gigawatts Puissance des deux réacteurs Capacité annoncée une fois les deux unités opérationnelles

La chronologie montre pourquoi l’arrivée des premiers kilowatts est suivie avec autant d’attention : Rooppur représente à la fois un chantier industriel et l’aboutissement provisoire d’une ambition nationale vieille de plusieurs générations.

Les habitants de Rooppur entre retombées économiques et inquiétudes de sécurité

La centrale a transformé le quotidien de la région bien avant de produire de l’électricité. Des milliers d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs russes ont rejoint le chantier au fil des années, accompagnés de services et de commerces adaptés à cette population internationale. Certains magasins affichent leurs enseignes en bangla, en russe ou en anglais ; des restaurants proposent même du bortsch. À Rooppur, le paysage local a ainsi pris des airs d’enclave professionnelle où les habitudes de plusieurs pays se croisent autour d’un chantier monumental.

Cette présence a aussi créé des occasions commerciales. Md Emon Khan, âgé de 28 ans, a quitté un emploi dans le textile à Dacca pour revenir vendre fruits et légumes aux travailleurs. Il explique avec humour qu’il connaît quelques mots de russe et que certains clients parlent bangla. Son expérience illustre une retombée directe du projet : l’activité économique ne se limite pas aux contrats d’ingénierie, car elle fait vivre des vendeurs, des restaurateurs et des prestataires locaux.

Des jeunes attirés par les métiers de l’atome

Pour une partie de la jeunesse, la centrale est aussi une perspective professionnelle. Mohammad Nafiz, 15 ans, se réjouit de voir le nom de Rooppur connu à l’international et espère, avec ses amis, travailler un jour sur le site après des études d’ingénieur. Cette aspiration témoigne du pouvoir d’attraction d’une infrastructure énergétique de cette ampleur : elle peut encourager les formations scientifiques et techniques, à condition que des parcours adaptés soient accessibles aux étudiants bangladais.

Le quotidien des équipes étrangères révèle l’ampleur humaine du chantier. Alexander Vladimirovitch Skvortsov, technicien arrivé en 2024 avec sa famille, raconte que sa première visite du site lui a fait mesurer le travail restant. Il décrit Rooppur comme une expérience qui a changé sa vie. Derrière les bâtiments et les calendriers, ce sont des milliers de parcours professionnels qui se sont noués dans une région jusque-là bien moins exposée à une telle activité internationale.

La prospérité locale ne fait cependant pas disparaître les préoccupations liées à la sûreté. Des habitants gardent en mémoire la catastrophe de Tchernobyl, survenue en 1986 — et non en 1984, date parfois avancée par erreur. Les responsables de la centrale assurent que les enseignements des accidents nucléaires ont été intégrés et que des dispositifs de sécurité encadrent le site. Ces assurances doivent s’accompagner de contrôles crédibles, d’informations compréhensibles et d’échanges réguliers avec les communautés riveraines.

Une inspection menée par l’Agence internationale de l’énergie atomique est rapportée dans ce article sur la visite de sécurité de l’AIEA à Rooppur. Les contrôles techniques ne remplacent pas le dialogue : ils peuvent le nourrir, en donnant aux habitants des éléments concrets sur les procédures, les exercices et la surveillance radiologique.

À proximité du site, Md Yunus Ali, retraité de 80 ans, évoque une détonation entendue lors d’un test de compresseur, qui a réveillé des enfants. Un bruit ponctuel ne permet pas à lui seul d’évaluer la sûreté d’une installation, mais l’épisode rappelle pourquoi les riverains attendent des explications rapides et accessibles. La confiance se construit aussi dans ces moments ordinaires, quand une inquiétude reçoit une réponse claire plutôt qu’un simple slogan.

Du réacteur au robinet électrique : le défi de la production électrique fiable

Pour les foyers et les entreprises, les dimensions financières ou diplomatiques du projet deviennent secondaires face à une attente très pratique : disposer d’un courant qui ne s’interrompt pas au mauvais moment. Belly Begum, agricultrice de 55 ans vivant près de la centrale, dépend de pompes électriques pour irriguer ses cultures. Quand les coupures immobilisent ces équipements, le calendrier des travaux agricoles se complique. Sa demande est simple : que l’installation proche de chez elle contribue à une alimentation continue.

Cette attente permet de distinguer deux réalités souvent confondues. La centrale peut produire de l’énergie, mais la qualité de service dépend aussi des lignes de transport, des postes électriques et de la distribution locale. Il faut acheminer la puissance depuis Rooppur, absorber les variations de consommation et corriger les éventuelles défaillances du réseau. Sans ces maillons, une production abondante resterait en partie éloignée des lieux où elle est nécessaire.

Pourquoi les premiers kilowatts ne règlent pas tout

Le raccordement d’une première tranche devrait apporter une ressource supplémentaire, mais les coupures peuvent perdurer si la demande augmente plus vite que l’offre ou si le réseau connaît des contraintes. La croissance démographique, l’urbanisation et l’activité industrielle tirent les besoins vers le haut. Les autorités devront donc coordonner la montée en puissance de Rooppur avec les autres moyens de production, la maintenance des infrastructures et l’amélioration des équipements de distribution.

La centrale est conçue pour fonctionner sur un horizon long, tandis que ses bénéfices dépendront d’opérations très concrètes : entretien des installations, disponibilité du combustible, formation du personnel et préparation aux incidents. La sécurité énergétique suppose également une planification capable de gérer les périodes où un réacteur est arrêté pour maintenance. Diversifier les ressources signifie justement éviter qu’une difficulté sur un seul équipement ne fragilise toute la fourniture nationale.

Le programme pose également une question de transparence. Les habitants, les agriculteurs et les entreprises ont besoin d’informations lisibles sur le calendrier, la contribution attendue au réseau et les consignes de sécurité. Les données techniques peuvent paraître abstraites, mais elles prennent un sens immédiat lorsqu’elles répondent à des questions telles que : quels quartiers seront mieux desservis, comment signaler un incident, et qui informe les familles en cas d’exercice ? Une communication régulière aide à rapprocher les promesses nationales de l’expérience quotidienne.

Les prochains jalons annoncés — première tranche visée avant la fin de 2026, seconde attendue l’année suivante — seront donc observés à deux échelles. Les équipes suivront la conformité technique et le fonctionnement des réacteurs ; les usagers, eux, jugeront surtout les effets sur les interruptions, les coûts et la continuité des pompes ou des machines. Rooppur pourra renforcer l’infrastructure énergétique du Bangladesh si la production, le réseau et la confiance du public progressent ensemble. Pour Belly Begum, la mesure la plus éloquente restera celle d’une pompe qui tourne au moment où ses champs en ont besoin.

Source: boursorama.com

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