face au recul de la consommation de vin, le château guilhem innove avec « ô de raisin » et explore de nouvelles façons de séduire les consommateurs.

Face au recul de la consommation de vin, le Château Guilhem mise sur « Ô de Raisin » pour innover

Recul de la consommation de vin : le Château Guilhem adapte son modèle

La baisse de la consommation de vin transforme les choix des domaines, jusque dans les paysages viticoles. En France, la consommation annuelle par habitant, qui atteignait environ 110 litres dans les années 1960, était tombée à 45 litres il y a une vingtaine d’années et se situe aujourd’hui sous la barre des 25 litres. Ce recul, nourri par l’évolution des habitudes et par une attention croissante portée à l’alcool, fragilise les débouchés traditionnels. Pour les exploitations, il ne s’agit pas seulement de vendre moins de bouteilles : toute l’organisation du travail, des volumes produits aux surfaces cultivées, peut être remise en question.

À Malviès, le Château Guilhem mesure cette évolution à l’échelle de son activité. Le domaine a commercialisé 350 000 bouteilles en 2024, puis 280 000 l’année suivante. Pour 2026, la prévision descend à 220 000 cols, tandis que des volumes peuvent encore être écoulés sur le marché du vrac lorsque les conditions le permettent. Ces chiffres donnent une idée concrète de la pression qui s’exerce sur la filière viticole : un savoir-faire reconnu ne suffit pas toujours à compenser une demande qui se contracte.

La réduction des ventes a aussi des conséquences sur les parcelles. Bertrand Gourdou, propriétaire du domaine et cinquième génération de sa famille à travailler ces terres, a dû arracher une dizaine d’hectares. Une décision lourde, qui dépasse le geste technique : une vigne représente des années d’entretien, une mémoire familiale et la perspective d’une transmission. Dans un contexte national marqué par des projets de réduction des surfaces, l’arrachage est parfois présenté comme une réponse économique, mais il nourrit aussi l’inquiétude des vignerons qui souhaitent maintenir leurs exploitations vivantes.

Le domaine choisit de chercher une autre issue que la seule contraction de son activité. Sa réflexion part d’une question très concrète : comment continuer à valoriser le raisin et le travail viticole lorsque les consommateurs achètent moins de vin ? La réponse n’efface pas les difficultés du marché du vin, mais elle ouvre un débouché complémentaire. Le projet Ô de Raisin propose de conserver le fruit au cœur de l’activité tout en changeant la forme du produit.

Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large : les boissons sans alcool et les alternatives moins alcoolisées gagnent en visibilité, tandis que les domaines cherchent de nouveaux publics. Les évolutions ne se résument pas à une mode uniforme. Certaines personnes veulent limiter l’alcool au quotidien, d’autres recherchent une boisson festive ou aromatique sans renoncer au plaisir de la dégustation. Le Château Guilhem répond à ces attentes avec une création conçue dès le départ sans alcool, plutôt qu’avec un vin dont l’alcool aurait été retiré.

Des analyses du secteur mettent en lumière la pression qui pèse sur les surfaces viticoles, comme le rapporte ce point sur les arrachages de vignes liés à la baisse de la demande. Pour un domaine familial, l’enjeu consiste à transformer cette alerte en décision concrète, sans renoncer à son identité. Au Château Guilhem, l’innovation commence par une volonté simple : donner au raisin une nouvelle place lorsque le vin ne suffit plus à porter seul l’avenir des vignes.

Ô de Raisin : une boisson bio au jus de raisin, pensée sans alcool

La proposition du Château Guilhem tient dans un changement de perspective : le raisin demeure la matière première, mais le résultat n’est pas un vin. Ô de Raisin est une boisson naturellement sans alcool, élaborée à partir de jus de raisin bio et d’infusions de plantes. Cette distinction est au cœur du projet. Il ne s’agit pas de fabriquer un vin puis de lui retirer son alcool, mais de construire dès l’origine une boisson différente, avec ses propres équilibres aromatiques et ses occasions de consommation.

Le premier assemblage associe le jus de raisin à une infusion délicate de fleurs de lavande bio. Le fruit apporte une douceur naturelle et une expression généreuse, tandis que la lavande introduit des notes florales et parfumées. L’objectif n’est pas de reproduire artificiellement le goût du vin : la boisson revendique une identité propre, fruitée et florale, qui peut accompagner un repas, un goûter ou un moment convivial sans alcool.

Une autre piste aromatique rapproche le romarin et la verveine. Le romarin donne une tonalité végétale plus affirmée ; la verveine apporte une sensation fraîche et légère. Ce dialogue entre plantes permet de proposer des profils distincts plutôt qu’une unique recette censée convenir à toutes les envies. Pour un consommateur qui découvre les alternatives sans alcool, cette diversité rend l’expérience plus intéressante : chaque bouteille peut évoquer une ambiance et un usage différents.

Le Château Guilhem présente ses créations comme des produits bio, dans la continuité de son engagement dans l’agriculture biologique depuis 2007. La qualité du raisin et l’équilibre des plantes deviennent les principaux repères de dégustation. Une boisson de ce type peut aussi trouver sa place à table : servie fraîche, elle accompagne des plats légers, des légumes grillés ou des desserts fruités, sans chercher à imiter les accords traditionnellement associés au vin.

Le projet bénéficie déjà d’une première expérience commerciale. Le domaine a produit environ 8 000 bouteilles à titre expérimental l’année précédente. Les retours ont encouragé la poursuite de l’initiative, avec des perspectives de plusieurs dizaines de milliers de flacons pour 2026. Ces volumes restent à replacer dans l’échelle de l’exploitation : ils ne remplacent pas les ventes de vin, mais donnent au raisin un débouché supplémentaire et permettent d’évaluer progressivement l’intérêt du public.

La pasteurisation du jus de raisin joue un rôle pratique dans cette stratégie. Elle permet de conserver une matière première disponible au fil de l’année, au lieu de concentrer toute la production sur une courte période. La régularité de l’approvisionnement peut faciliter l’élaboration des boissons et la planification des ventes, tout en s’appuyant sur une ressource directement liée au métier du domaine. La présentation de la gamme et de ses ingrédients est accessible sur la page consacrée à Ô de Raisin.

Cette création ne cherche donc pas à brouiller la frontière entre vin et jus aromatisé. Elle assume une autre expérience, dans laquelle la matière viticole rencontre les plantes et où l’absence d’alcool est une caractéristique de départ. Le jus de raisin n’est plus seulement une étape vers le vin : il devient la base d’une boisson qui porte, à sa manière, la signature du domaine.

Une diversification viticole qui prolonge l’histoire du domaine

Ô de Raisin prend place dans un parcours de diversification déjà engagé au Château Guilhem. Le domaine ne limite pas son activité à la production et à la commercialisation de bouteilles : il a développé des gîtes, des salles de réception destinées notamment aux mariages et à l’événementiel, ainsi que des propositions d’œnotourisme. Ces activités font découvrir le lieu sous plusieurs angles et invitent les visiteurs à s’intéresser à son paysage, à son patrimoine et au travail de la vigne.

La boisson sans alcool prolonge cette logique, mais elle agit directement sur la valorisation de la récolte. L’hébergement et l’accueil événementiel font vivre le domaine grâce à des services ; Ô de Raisin transforme le raisin en une nouvelle offre destinée aux consommateurs. Les deux démarches se rejoignent dans une même idée : diversifier les revenus sans dissocier complètement l’activité de son territoire et de son savoir-faire agricole.

Cette stratégie est particulièrement lisible dans une exploitation familiale. Quand les ventes de vin diminuent, plusieurs choix se présentent : réduire la production, rechercher de nouveaux marchés, proposer des expériences de visite ou développer des produits complémentaires. Ces options ne sont pas interchangeables et demandent chacune du temps, des investissements et des compétences. Le choix d’une boisson à base de raisin permet au Château Guilhem de conserver un lien direct avec sa matière première, plutôt que d’abandonner ce qui constitue le socle de son métier.

Le domaine s’est engagé dans le bio en 2007. Cette continuité donne un cadre à la création d’Ô de Raisin : le jus de raisin et les plantes sont réunis dans une proposition cohérente avec une attention portée aux ingrédients. Pour les visiteurs, une dégustation sans alcool peut enrichir une visite de cave ou un événement, et offrir une option aux personnes qui ne consomment pas d’alcool. L’œnotourisme ne se limite alors pas à goûter des vins ; il peut raconter les choix d’une exploitation et les pistes qu’elle explore.

La diversification ne garantit pas à elle seule une hausse durable des revenus. Une nouvelle boisson doit trouver sa clientèle, être distribuée, être comprise et se distinguer sur des rayons où les alternatives se multiplient. La production expérimentale de 8 000 bouteilles fournit un premier repère, mais la montée en volume prévue pour 2026 devra s’accompagner d’une attention aux retours des consommateurs. Un produit peut séduire par sa nouveauté, mais c’est sa qualité régulière et sa place dans les habitudes qui détermineront sa durée.

Le Château Guilhem met ainsi en relation plusieurs facettes du domaine : culture biologique, accueil du public et transformation du raisin. Cette approche ne prétend pas abolir les difficultés de la filière viticole ; elle cherche plutôt à multiplier les manières de faire vivre une exploitation. Pour suivre les initiatives du domaine, les lecteurs peuvent consulter ses actualités et événements.

La diversification apparaît moins comme une dispersion que comme une manière de renforcer plusieurs points d’appui. Pour un domaine attaché à la transmission, chaque activité complémentaire peut contribuer à préserver la capacité de travailler la terre et d’accueillir les générations à venir.

Boissons sans alcool et consommation responsable : de nouveaux usages à conquérir

La progression des boissons sans alcool accompagne une transformation des usages, mais elle ne signifie pas que tous les consommateurs abandonnent le vin. Certaines personnes alternent selon les jours, les repas ou les occasions ; d’autres évitent l’alcool pour des raisons personnelles, professionnelles ou de santé. Pour les producteurs, cette diversité invite à proposer plusieurs réponses plutôt qu’à chercher un produit universel. Ô de Raisin s’adresse à celles et ceux qui veulent une boisson de caractère, sans alcool, et dont l’origine viticole reste identifiable.

Le mot « responsable » peut recouvrir des pratiques différentes. Dans ce contexte, la consommation responsable désigne notamment la possibilité de choisir une boisson sans alcool au cours d’un repas ou d’un événement, sans devoir se contenter d’une option impersonnelle. La douceur du raisin, les notes de lavande ou les arômes végétaux du romarin et de la verveine donnent à ces références un profil gustatif. Le service frais, dans un verre adapté, peut aussi participer au rituel de dégustation sans prétendre reproduire celui du vin.

Pour un domaine, cette évolution oblige à expliquer clairement le produit. Une boisson élaborée avec du jus de raisin n’est pas nécessairement un vin, et Ô de Raisin ne se présente pas comme un vin désalcoolisé. Cette précision évite les attentes trompeuses : le consommateur découvre une création fruitée et aromatique, pas une copie du vin. Le vocabulaire, l’étiquetage et les conseils de service ont donc un rôle décisif dans la rencontre entre l’offre et le public.

Les nouvelles générations contribuent à faire bouger les codes, sans que leur rapport au vin puisse être réduit à un rejet uniforme. Les domaines expérimentent des formats et des degrés d’alcool variés, tandis que les consommateurs accordent davantage d’attention à la composition et au contexte de dégustation. Le débat autour de la manière de rendre le vin plus accessible est illustré par cette analyse sur les initiatives destinées à renouer avec une jeune génération.

Une alternative sans alcool peut également enrichir l’accueil dans un domaine. Lors d’un mariage, d’une visite ou d’un déjeuner, elle offre un choix à des personnes qui souhaitent partager le moment sans boire de vin. Ce détail, en apparence modeste, modifie la place du produit : il devient une boisson à part entière et non une solution de secours. La lavande, familière dans les paysages du Sud, contribue à créer un lien sensoriel avec le territoire, tandis que les plantes donnent à la gamme une identité propre.

Cette démarche s’inscrit dans les réflexions qui traversent aujourd’hui le secteur des boissons, où les attentes évoluent autour du degré d’alcool, du plaisir et des usages. Les producteurs doivent inventer des propositions crédibles, sans travestir leur histoire ni promettre qu’une seule innovation résoudra les difficultés économiques. Une consommation plus responsable peut aussi passer par une offre plus inclusive, où chacun dispose d’une boisson pensée pour lui et pour l’occasion.

Innovation viticole : valoriser le raisin sans opposer vin et nouvelles créations

Le lancement d’Ô de Raisin repose sur une idée de complémentarité. Bertrand Gourdou ne présente pas cette boisson comme une rupture avec le vin : celui-ci reste au cœur de l’histoire et de l’identité du Château Guilhem. Le nouveau produit élargit plutôt la manière de valoriser le raisin, en répondant à des habitudes qui changent. Cette nuance compte dans une profession où l’innovation est parfois interprétée comme un renoncement aux pratiques héritées.

Le raisin peut en réalité être la base de plusieurs expressions. Transformé en vin, il suit les étapes de la fermentation et porte l’identité du terroir à travers un produit alcoolisé. Utilisé en jus puis associé à des plantes, il donne naissance à une boisson différente, destinée à d’autres moments et à d’autres consommateurs. Le domaine ne demande pas à ces deux voies de se substituer l’une à l’autre : il cherche à les faire coexister, chacune avec ses qualités et ses contraintes.

Cette coexistence n’élimine pas les risques. Développer un nouveau produit suppose de vérifier son acceptation, de maîtriser sa fabrication et de construire une distribution adaptée. Les 8 000 bouteilles produites à titre expérimental ont permis au Château Guilhem de tester la proposition avant d’envisager des volumes plus importants. Les perspectives de plusieurs dizaines de milliers de flacons pour 2026 traduisent une ambition, pas une garantie de succès : la réponse du marché dépendra notamment de la régularité du produit, de son prix et de la capacité à expliquer sa différence.

La conservation du jus par pasteurisation constitue un levier de planification. Une matière première disponible toute l’année facilite la continuité de production, alors que les vendanges concentrent la récolte sur une période courte. Cette organisation peut réduire la dépendance à un calendrier strictement saisonnier et permettre de mieux répondre aux commandes. Elle ne supprime pas les exigences de qualité, mais elle relie le rythme agricole à celui d’une activité commerciale plus régulière.

La question des surfaces reste au centre du projet. Après l’arrachage d’une dizaine d’hectares, le domaine souhaite éviter de nouvelles réductions imposées par les difficultés de vente. Une boisson à base de raisin ne pourra pas, à elle seule, garantir le maintien de chaque parcelle ; son intérêt réside dans la création d’un débouché complémentaire. Si la demande s’installe, elle peut contribuer à mieux valoriser une partie de la récolte et soutenir une stratégie plus large comprenant les vins, l’accueil et l’œnotourisme.

Le métier de vigneron évolue précisément lorsqu’il faut articuler ces réalités : préserver la qualité, trouver des clients, transmettre les terres et composer avec les changements de consommation. Le Château Guilhem fait le pari d’une innovation viticole ancrée dans son activité plutôt que d’un produit sans lien avec son histoire. Ô de Raisin ne remplace pas le vin : il ajoute une voie de valorisation, à l’image d’un métier qui cherche à transmettre ses vignes en inventant de nouveaux usages du raisin.

Repère Évolution ou choix du domaine
🍇 Ventes de bouteilles 350 000 en 2024, 280 000 l’année suivante, prévision de 220 000 cols en 2026
🌱 Surfaces Une dizaine d’hectares arrachés dans un contexte de recul des débouchés
🥤 Première production Environ 8 000 bouteilles d’Ô de Raisin lancées à titre expérimental
🌿 Recettes Jus de raisin bio associé notamment à la lavande, au romarin et à la verveine
🔄 Cap visé Développer un débouché complémentaire sans remettre en cause la place du vin

Cette expérience rappelle que la résilience d’un domaine ne tient pas à une recette unique. Elle se construit par des choix progressifs, une écoute attentive des consommateurs et la capacité à faire évoluer les usages sans effacer l’identité du lieu. 🍇

  • 🌸 Lavande bio : une expression florale qui accompagne la douceur fruitée du raisin.
  • 🌿 Romarin et verveine : une association plus végétale, entre caractère aromatique et fraîcheur.
  • 🧃 Jus de raisin : une matière première transformée en boisson conçue sans alcool dès le départ.
  • 🏡 Accueil au domaine : gîtes, événements et œnotourisme complètent les activités viticoles.

Source: www.ladepeche.fr

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